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Comment vos emails se retrouvent-ils dans des bases de données d'entreprises?

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Suite à l’énième réception d’un email de la part d’un certain John Walker qui tente de me vendre une « solution marketing révolutionnaire », je m’insurge. Premièrement, j’en reçois dix par jour des messages de ce type, je n’ai donc tout simplement pas le temps de m’y intéresser. Secondement, sans avoir émis un intérêt antérieur pour ce genre de produit, je ne ressens pas le besoin de me renseigner sur le sujet !

 

Dès lors, si ce sujet n’éveille pas ma curiosité cela signifie je n’ai ni visité le site de l’entreprise ni donné mon accord pour recevoir cet email. Mais alors, comment notre ami Texas Ranger me l’a-t-il fait parvenir ?

Pour répondre à cette question qui me taraude, j'ai décidé d'endosser l’étoile de shérif pour mener l’enquête. Je souhaite vous décrire les techniques utilisées par les experts du marketing pour gonfler leur base de données. 

Tout d’abord, intéressons-nous aux pros du marketing digital : les growth hackers. Ces « pirates de la croissance » évoluent en écosystème startup. Leur job ? Faire croître l’entreprise à tout prix, apporter un maximum de leads (prospects) à moindre coût. Si certaines barrières sont établies par la loi, ils n’hésitent pas à les contourner. Certains jugent d’ailleurs que leurs actions se situent à la limite de la légalité. ("Surement pour ça qu'on les appelle des pirates ?")

Mais alors quelles sont les techniques que les growth hackers utilisent pour capter nos emails professionnels sans que nous leur accordions notre consentement ?

La réponse à un formulaire (pour les mauvais perdants et les tricheurs)

Vous travaillez dans une raffinerie pétrolière. Après avoir parcouru un article de blog passionnant sur l’intérêt de passer aux énergies vertes, vous souhaitez télécharger un livre blanc sur ce sujet. Pour accéder au contenu, vous devez rentrer vos coordonnées dans un formulaire. Jusqu’ici, rien d’inhabituel. Vous commencez à taper vos informations et vous vous rendez compte que le site souhaite connaître une information sur votre entreprise que vous ne pouvez pas partager. Vous stoppez votre inscription et préférez revenir sur l’article « Comment continuer à polluer jusqu'à 2050 ? » (Honte à vous !). 

Mais trop tard, John Walker a mis en place un système qui enregistre toutes les informations au fur et à mesure que vous les tapez. == > Votre êtes enregistré dans sa base de données.

Achat de banques d’emails (pour les entrepreneurs riches)

Vous avez certainement déjà reçu des appels de commerciaux qui souhaitaient obtenir votre email pour telle ou telle raison. Certains d’entre eux construisent des bases de données qu’ils revendent ensuite aux entrepreneurs avec un argument de taille : un taux de conversion extrêmement élevé. Il se peut donc que vos coordonnées pro fassent parties de ces listes. Mais ne vous faites pas trop de soucis, la plupart de ces banques d’emails sont finalement très peu efficaces. Les mailings envoyés arrivent souvent dans les spams.

Scraping d’emails (pour ceux qui n’ont pas de morale)

Le scraping d’emails est une technique de collecte de mails grâce à un script informatique sur différents sites. Il existe différents plugins gratuits du type extension pour Google Chrome qui permettent de remplir une base de données très ciblée.

  •  Scraping via différents sites : Vous avez créé une entreprise de cours de Yoga et vous utilisez « contact@leyogacesttop.com" comme email professionnel principal.  John Walker travaille pour un fabriquant de « tapis de yoga révolutionnaires » et souhaite envoyer un mailing à une grande base de prospects ciblés autour du Yoga. John Walker va utiliser une extension qui se base sur les recherches Google. En tapant le mot clé « Yoga », tous les sites web correspondants vont s’afficher dans son extension. Comme vos coordonnées ne se trouvent certainement pas sur la page principale, il va afficher toutes les pages de chaque site dans le programme. Puis il captera tous les emails qui se trouvent sur chaque page. Pour cibler encore plus, le logiciel permet d'utiliser Google maps pour cibler les sites web sur une localité. Admettez que John Walker est super fort !
  • Scraping via LinkedIn : Comme tout bon « project manager » vous avez un compte LinkedIn bien détaillé qui vous permet de garder contact avec votre réseau professionnel et de rester « à l’écoute de nouvelles opportunités ». John Walker a été engagé par une société qui développe « un logiciel de project management révolutionnaire ». Il souhaite faire parvenir un mailing à toute une base de project manager sans se ruiner. Il utilise une extension chrome du type « Findthat email » qui s’affiche sur son écran lorsqu’il effectue une recherche sur LinkedIn. Tandis qu’il lance une recherche avec le mot clé « Project manager », une longue liste de profils apparaît sur son extension. Cela lui permet de capter tous les emails et de les rentrer directement dans son CRM. Ce scraping fonctionne aussi sur des annuaires professionnels.

Une fois que John Walker a réussi à obtenir votre email, il peut utiliser un outil comme Clearbit pour capter le reste de vos coordonnées. Ce logiciel est capable de transformer un simple email ou un domaine en une personne réelle avec plus de 85 propriétés. En un simple clic, le programme déroule toute votre vie : votre rôle, votre localisation, votre niveau de responsabilité dans l'entreprise, vos comptes sociaux, une photo de vous... ainsi que des détails sur votre boîte (revenus, localisation, description ...) Je vous propose de faire un test ICI pour découvrir ce qu'internet a enregistré sur votre compte... Vous comprendrez donc comment John Walker personnalise si bien ses messages !

Rassurez-vous tous Growth hackers ne sont pas des hors-la-loi. La plupart n’utilisent que des techniques légales en demandant votre consentement pour obtenir vos coordonnées (on préfère ceux-là d’ailleurs !).

Et la bonne nouvelle, c’est qu’à partir du 25 mai 2018, ces pratiques passeront de « limites » à complètement illégales en Europe avec la mise en vigueur du RGPD (Réglement générale de la protection des données). Je vous passe les détails du texte de loi qui est très complet mais quelque peu "boring". Ce qui nous intéresse réside dans l’obligation d’ « opt-in explicite ». Cela signifie qu’il sera strictement interdit d’envoyer des emails à des prospects sans leur consentement explicite préalable. Cela caractérise autant les adresses personnelles que professionnelles. Le RGPD va encore plus loin en demandant aux entreprises de vérifier le consentement de leurs leads dans le temps. Elles devront donc régulièrement vous redemander votre accord pour vous envoyer des emails. Et si vous ne souhaitez plus recevoir ces informations, elles devront vous supprimer de leurs fichiers. … John Walker a du soucis à se faire !

Si vous souhaitez en savoir plus sur le RGPD, vous pouvez lire cet article

En attendant la mise en vigueur du RGPD, vérifiez bien les cases que vous cochez lorsque vous créez un compte sur un site web. Désinscrivez-vous des emails / newsletters que vous ne souhaitez pas recevoir. Si vous recevez un email de John Walker ou de l’un de ses compères, n’hésitez à lui répondre en lui passant un savon, il en a bien besoin !

Ps : dans une optique de confidentialité des données (même celle des growth hackers) le nom John Walker a été inventé, bien que basé sur une vraie personne ; )